Rue Fernand Raynaud à Paris (25 mai 2006)
Rue Fernand Raynaud (Paris)
21 mai 2006

Cyanotype d'après numérique
Pentax *ist DL, 50mm
ISO1600, 1/30s à F/1.4
 
J'ai déjà fait un bon bout de chemin avec la photographie.
 
A la réflexion, mes relations avec l'image remontent probablement à l'époque où j'assistais mon père, enfermés dans le labo photo familial. Les longues minutes à attendre dans la lumière diffusée par l'agrandisseur, a écouter s'écouler les secondes, jusqu'au claquement sec du minuteur, suivi immédiatement de l'obscurité la plus totale.
 
Nous allumions alors, pour passer les tirages au révélateur et au fixateur, cette lumière brune, tout en ombres, emblématique des laboratoires photos. Il fallait ensuite attendre, encore, que le papier soit sec.
 
Cette photographie-là demandait du temps, de l'humilité et de la patience. Toutes choses bien trop rares aujourd'hui (mais à 10 ans, on a tout le temps d'attendre et d'apprendre), en tout cas en ce qui me concerne.
 
Ces mêmes années-là furent aussi celles pendant lesquelles je fis mes premiers pas en informatique, émule de ce même père qui introduisit ainsi une bien vilaine engeance au domicile familial (les discussions ne furent plus jamais les mêmes pendant les repas).
 
Le temps passant, l'informatique attira peu à peu toute l'information du monde vers elle. Elle numérisa le son et l'image (le mot "Multimédia" vous rappelle-t-il quelquechose ?), avant de s'attaquer aux distances quelques années plus tard. J'expérimentais tout cela avec les rolls du moments, carte son stéréo et scanner à main, 32 niveaux de gris.
 
L'informatique étant ce qu'elle est, une petite quinzaine d'année aura suffit pour arriver là où nous en sommes, l'image étant partout, disponible immédiatement d'aussi loin qu'elle vienne, partageable, modifiable à volonté. La photographie numérique n'a plus rien à envie à la bonne vieille pellicule (si ce n'est, peut-être - et pour combien de temps encore ? - un dynamic range encore un peu faible).
 
Illustrations :
Rue Fernand Raynaud à Paris (25 mai 2006) Rue Fernand Raynaud à Paris (25 mai 2006)
 
En quinze ans j'ai eu le temps de faire des études, de m'attacher de plus en plus à l'informatique et à l'image (pionnier du VJing numérique à Supélec, créateur de logiciels de vidéo interactive, puis de partage de photos numériques).
 
Aujourd'hui, peut-être peut-on commencer à souffler, à se retourner, à regarder le chemin accompli, à tirer du passé quelques enseignements ? La photographie numérique, triomphante, n'a-t-elle rien de plus à apprendre de ses 150 ans d'histoire que quelques notions d'ouverture, de temps de pose et d'équivalent 35mm ? L'excellence technique étant atteinte, ne pouvons-nous pas désormais en tirer parti et faire le pont entre la photographie d'avant-hier et celle de demain ?