"[...] Beaucoup de personnes, en effet, ne voient dans cet art qu'une manie et se figurent que le cliché pourrait fort bien s'en passer.
Comment, cependant, effacer ces pointillés, ces taches et autres imperfections que l'on ne peut éviter malgré toutes les précautions ?
[...] Il est, en effet, très rate que toutes les conditions nécessaires pour obtenir un bon cliché soient remplies : bonne lumière, développement exact, etc.
L'on est bien forcé alors de recourir à la retouche."

Traité théorique et pratique de la retouche des épreuves négatives et positives, Paul Ganichot, vers 1910.

Crayons pour la retouche photographique
Pentax K10D et flash AF-540FGZ, 45mm, 400 ISO, 1/60s à F/6.7

A entendre certains puristes, la photographie numérique ne serait qu'une sous-photographie : trop instantanée et répétable, là où l'argentique obligeait le photographe à prendre son temps pour faire de belles photos du premier coup; de trop mauvaise qualité ; etc. etc. Et puis, le numérique, ma p'tite dame, ça n'a pas de valeur : pour preuve, on peut tout modifier sur une photo, il suffit de la retoucher.

Sans m'étendre davantage sur le débat des modernes contre les anciens (et risquer d'attirer les Trolls), je vais essayer de m'apesantir sur la question de la retouche; débat qu'on pourrait également poser en ces termes :

"Normal qu'on soit beaux, c'est trop facile : Raoul, ses photos, il les retouche sous Photoshop"

Laque carminée pour l'obtention des teintes brunes
Pentax K10D avec flash AF 540FGZ, 31mm, 400 ISO, 1/45s à F/5.6

Comme le texte cité ci-dessus le montre, la retouche photographique a toujours existé. Elle était certainement moins facile à effectuer qu'aujourd'hui, tout comme la prise de vue, le développement, le tirage... mais elle avait le mérite d'exister. A quoi servait-elle ?

Tout d'abord, à supprimer les défauts du support : les plaques de verre autant que les differentes couches de produits chimiques qui y sont déposés peuvent présenter des irrégularités (bulles d'air, défauts de planéité, défauts d'étalement), subir des dommages (rayures, craquelures dûes à la chaleur, cassures).

Ensuite, à compenser les problèmes survenus pendant la prise de vue : sur ou sous-exposition, mais surtout contrastes mal équilibrés.

Enfin, et ça n'est pas le moins important, à modifier le contenu de l'image : j'ai personnellement en mémoire un portrait d'une arrière-grand tante arborant fièrement un collier qu'elle n'a jamais porté... et pour cause : il a été ajouté par le photographe.

Laques de couleur pour la retouche : carmin, jaune, différents gris, blanc
Pentax K10D avec flash AF 540FGZ, 50mm, 400 ISO, 1/60s à F/11

A bien y regarder, plus d'un siècle après son invention, la retouche photographique conserve les mêmes objectifs.

Avant tout, compenser les défauts technologiques de l'image (poussières, yeux rouges, reflets) et ceux qui sont liés à la prise de vue (balance des blancs, exposition, contrastes). C'est ce que les outils spécialisés - Lighroom, Aperture pour ne citer qu'eux - proposent.

En cela, la retouche est nécessaire. Parce qu'une photo numérique, à la sortie du capteur, comme celle qui en photographie argentique est fixée sur le négatif, n'est qu'une matière première. Les constructeurs ne s'y trompent pas, qui emploient le terme "raw" (brut, en anglais) pour les désigner. Ne s'y trompent pas non plus ceux qui qualifient ces données brutes de "Négatif numérique" , comme Adobe avec son format DNG.

Récipient de gomme arabique en poudre
Pentax K10D avec flash AF 540 FGZ, 34mm, 400 ISO, 1/45s à F/11.

La retouche est nécessaire... parce qu'après tout, elle est inscrite dans l'histoire de la photographie : à partir du moment où il choisit une profondeur de champ et une vitesse d'exposition, le photographe porte un regard subjectif sur le monde qui l'entoure.

Lorsqu'il choisit un type de pellicule, une sensibilité de capteur, une durée de développement, une balance des blancs, le photographe retouche le monde qui l'entoure pour le faire correspondre à l'image qu'il en a.

Nécessaire à retouches photographiques, autour de 1900
Pentax K10D avec flash AF 540 FGZ, 34mm, ISO 400, 1/45s à F/11.

Illustrations : Photographie / Matériel de retouche