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Tag - Procédés anciens

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jeudi 29 mai 2008

Sténopé, niveau zéro de la photo ?

Tout le monde connait le sténopé.

Si, si, croyez-le ou non, mais "sténopé" est un nom savant pour une chose toute simple : un appareil photo fait d'un simple trou dans une boîte de conserve.

Le principe du sténopé est donc celui de la chambre noire : vous percez un récipient opaque d'un petit trou, vous placez un papier sensible à la lumière face au trou, et vous attendez : vous obtenez alors une photographie.

L'optique venant toujours au secours du photographe, il existe, même pour un objet aussi simple qu'un sténopé, une armada d'outils mathématiques permettant de savoir exactement comment faire le petit trou de manière à obtenir les meilleures photos possibles (au sens physique, bien sûr!). La fabrication d'un sténopé est donc à la portée de tout le monde... mais peut mener assez loin (>Galerie-photo.com) !

Le sténopé possède un certain nombre de propriétés intéressantes :

  • Le trou étant de très petite taille, il est comparable à un diaphragme extrèmement fermé (F/120 ou pire). Les temps de pose sont donc longs, voire très longs.
  • Conséquence de la très faible ouverture, la profondeur de champ peut être considérée comme infinie : toute l'image est au point.
  • L'épaisseur du matériau du trou implique l'existence d'un effet de flou inhérent au procédé et irréductible. L'image obtenue avec un sténopé subit un léger effet d'"enveloppé" : les dimensions de cet effet ne dépend que des propriétés du trou et de la distance focale; un petit capteur donnera donc une image plus floue qu'un grand capteur.

J'ai commencé par m'intéresser à l'adaptation d'un sténopé sur un reflex numérique. De nombreux problèmes sont rapidement apparus : L'effet d'enveloppé est très important; la grande profondeur de champ implique qu'on voit très bien les poussières déposées sur le capteur; enfin, la distance focale est au minimum d'une 40aine de millimètres (distance entre le capteur et la bayonette).

Je suis donc revenu au bon vieil argentique et je me suis lancé dans la fabrication d'un sténopé, sur la base d'un boitier Kodak Hawkeye des années 1920-1930:

  • Dimensions de l'image sur film : 6x9cm
  • Distance focale : 30mm (équivalent 35mm : 12mm)
  • Diamètre du trou : 0.21mm
  • Ouverture : F/150

Les photos présentées ci-contre sont celles de la fabrication du boitier. Pour la réalisation du sténopé proprement dit (la surface perforée), j'ai fait appel à Thierry Gonidec (>Sténocaméra) qui fait les choses de façon très professionnelle.


Boitier Kodak Hawkeye
Pentax K10D, 50mm, 400 ISO, 1/10s à F/1.4

Fabrication d'un sténopé
Pentax K10D, 21mm, 800 ISO, 1/15s à F/4

Sténopé monté
Pentax K10D, 36mm, 800 ISO, 1/8s à F/4

Après un certain nombre d'essais et de tatonnements, j'arrive enfin à tirer de cet attirail des photos intéressantes...


Les Millois, deux arbres au bord d'une route
Sténopé 30mm, Fuji Provia 100 ISO, ~5s à F/150

Il me reste le problème du cadrage : mon magnifique appareil ne dispose pas de viseur !

Illustrations: Fabrication d'un sténopé, Sténopés, Série n°7

dimanche 26 novembre 2006

Marronniers en automne, seconde mi-temps

J'ai finalement eu l'occasion d'effectuer un scan d'un certain nombre des clichés anciens que je possède.

J'en profite donc pour écrire un petit complément à mon précédent billet Marronniers en automne.

Comme je l'ai déjà décrit, l'autochrome capte la couleur grâce à une fine couche composée de fécules de pomme de terre colorés. Les grains de fécules sont répartis aléatoirement (la fabrication des plaques, effectuée à la main, peut être assimilée à un processus stochastique), ce qui est plutôt une chance, puisque cette distribution aléatoire évite les effets de moiré.

Marronniers en automne, détail (autour de 1920)
Marronniers en automne, détail - Autour de 1920
Autochrome sur plaque de verre, 12x9 cm

Le seul point sur lequel il faut faire attention lorsque l'on scanne un autochrome, c'est de désactiver le traitement anti-poussière.

Qu'il fonctionne par émission infrarouge (détection des poussières présentes par différence d'échauffement entre les poussières et le support du cliché), ou par traitement de l'image, ils sont incompatibles avec les propriétés physiques du procédé...

Illustrations :

Marronniers en automne (autour de 1920) Marronniers en automne, détail (autour de 1920)

jeudi 2 novembre 2006

Jeanny Collomb, fille d'Alexis

La carte de visite photographique acquiert ses lettres de noblesses en 1859 quand - selon la légende - Napoléon III, partant en campagne en Italie, s'arrête dans l'atelier d'André Adolphe Eugène Disdéri pour se faire tirer le portrait.
 
Jeanny Collomb (autour de 1875)  
Le succès est immédiat, mais s'essoufle à partir de 1865; pourtant, la production restera importante jusqu'au tournant du siècle, et quelques photographes continueront à en produire jusqu'à la fin des années 1920.
 
Le succès de la carte de visite tient à son petit format, à sa solidité et à sa légèreté : un cliché de 6 x 10.5 cm, tiré en général sur papier albuminé et collé sur une feuille cartonnée. Il tient également à son prix : le procédé, pour lequel Disdéri à déposé un brevet en 1854, permet en effet de prendre 4, 6 ou même 8 clichés identiques simultanément, sur la même plaque.
 
Suivant la couleur, la forme, la tranche et la décoration (marie-louise, dos) du cartonnage, les collectionneurs sont capables de dater assez précisément les cartes de visite.
 
Cette carte photographique de "Jeanny Collomb, fille d'Alexis, épouse de Pétrus Dumond, et mère de Marie (épouse Rollier), d'Auguste et d'Alexis Dumond", comme l'indique une annotation manuscrite au verso de la carte, à été prise par le studio d'Auguste Lumière autour de 1875.
  Jeanny Collomb par A. Lumière, Lyon
Autour de 1875

Tirage albuminé sur carte de visite
Cliché : 5.7 x 9.3 cm, Carte : 6.3 x 10.4 cm

jeudi 26 octobre 2006

Les inondations de Paris

Depuis quelques années, tous les ans, à la même époque, les médias s'emeuvent de la possibilité d'une inondation dans Paris. Et quand on parle d'inondations à Paris, on pense inévitablement à celle de 1910, qui est effectivement la plus importante que Paris ait connue... de mémoire d'homme.
 
Si cette inondation a autant, et aussi durablement, marqué les mémoires, c'est parce qu'elle a été longue, impressionnante; c'est aussi, à mon avis, parce que des milliers de photographes ont immortalisé les lieux, les événements, la vie quotidienne des parisiens paralysés. Et parmi ceux-ci, les éditeurs de cartes postales.
 
Parce qu'en 1910, c'est l'âge d'or de la carte postale.
 
Autorisée en France en 1872, la carte postale devient photographique peu après l'Exposition Universelle de 1889, et le succès est immédiat : en 1904, la production française tourne autour de 750 millions de cartes.
 
D'un point de vue technique, la reproduction de photographies sur les cartes est réalisée grâce à un procédé tout nouveau, tout beau, inventé en 1890 par Alphone Louis Poitevin : la photocollographie. On enduit une plaque de verre de gélatine bichromatée, puis on l'insole avec un négatif photographique. Le bichromate, plus ou moins exposé, rend alors la gélatine plus ou moins soluble.
 
Cette planche, débarrassée du bichromate, est ensuite mouillée, opération pendant laquelle l'humidité se concentre sur les parties les moins exposées. Cette humidité repousse l'encre, le papier en recevant d'autant plus que la planche est insolée.
 
L'aspect mat des cartes est celui du papier, proche du bristol.
  Inondations de Paris - Avenue Ledru-Rollin (Janvier 1910)
Inondations de Paris - Avenue Ledru-Rollin
Janvier 1910

Carte Postale, 13.8 x 8.6 cm
Dos séparé
 
En janvier 1910, donc, pendant plus d'une semaine, une bonne partie de la capitale s'est retrouvée les pieds dans l'eau (voire même un peu plus), comme le montre cette vue de la rue de Lyon (on distingue la colonne de Juillet au fond). Je laisse le mot de la fin à Angèle :
 
"Petit Paul. Nous venons de passer des journées d'angoisse, je vous assure, enfin nous commençons à respirer, d'après les journaux vous devez voir que la situation s'améliore heureusement, car c'était à devenir folle; Maman va assez bien quoique très émotionnée et énervée, je vous envoie notre pauvre rue de Lyon, X sous nos fenêtres et X l'entrée de notre maison, vous voyez à quel point il y avait de l'eau puisque l'on allait en barque, nous nous sommes sauvés de chez nous affollées et nous sommes chez ma soeur même encore de ce moment, car il faut faire du feu et aérer le logement, je vous écrirai plus longuement la semaine prochaine. Amitiés et bons baisers."
 
  Inondations de Paris - Rue de Lyon (Janvier 1910)
Inondations de Paris - Rue de Lyon
Janvier 1910

Carte Postale, 13.6 x 8.6 cm
Dos séparé à fond vert
Illustrations :
Inondations de Paris - Avenue Ledru-Rollin (Janvier 1910) Inondations de Paris - Rue de Lyon (Janvier 1910)

lundi 23 octobre 2006

Marronniers en automne

L'autochrome est le tout premier procédé photographique en couleur : inventé en 1904 par les frères Lumière, il restera le seul moyen de faire des photos en couleur jusque dans les années 1930.

Le support est constitué (entre autres) d'une couche de résine contenant un grand nombre (6000 au mm²) de grains de fécule de pomme de terre colorés en orange, vert et violet, et servant de masque à une émulsion noir et blanc classique. Le développement se fait en trois temps (développement de la couche n&b puis inversion par oxydation, et redéveloppement).

  Marronniers en automne (autour de 1920)
Marronniers en automne
Autour de 1920

Autochrome sur plaque de verre
12x9 cm

L'empilement et la faible transparence des couches diminue énormément la sensibilité de la plaque (autour de 4 ISO), ce qui limite l'utilisation de l'autochrome à des scènes très éclairées ou peu dynamiques (paysages ou portraits posés).

L'autochrome a connu un immense succès entre 1910 et 1930, tant auprès du grand public (fortuné) que des pouvoirs publics ou des mécènes. En témoignent "Les archives de la planète", collection financée par Albert Kahn (72 000 autochromes, la plus grande collection au monde), ou les clichés pris pendant la première guerre mondiale et conservés par la Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine.

Le scan présenté ici est de piètre qualité (il s'agit en réalité d'une photographie effectuée devant un écran LCD) : je corrigerai cela dès que possible ! On y retrouve tout de même le pastel si caractéristique des couleurs d'un autochrome, et qui en fait tout le charme...

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