Tout le monde connait le sténopé.

Si, si, croyez-le ou non, mais "sténopé" est un nom savant pour une chose toute simple : un appareil photo fait d'un simple trou dans une boîte de conserve.

Le principe du sténopé est donc celui de la chambre noire : vous percez un récipient opaque d'un petit trou, vous placez un papier sensible à la lumière face au trou, et vous attendez : vous obtenez alors une photographie.

L'optique venant toujours au secours du photographe, il existe, même pour un objet aussi simple qu'un sténopé, une armada d'outils mathématiques permettant de savoir exactement comment faire le petit trou de manière à obtenir les meilleures photos possibles (au sens physique, bien sûr!). La fabrication d'un sténopé est donc à la portée de tout le monde... mais peut mener assez loin (>Galerie-photo.com) !

Le sténopé possède un certain nombre de propriétés intéressantes :

  • Le trou étant de très petite taille, il est comparable à un diaphragme extrèmement fermé (F/120 ou pire). Les temps de pose sont donc longs, voire très longs.
  • Conséquence de la très faible ouverture, la profondeur de champ peut être considérée comme infinie : toute l'image est au point.
  • L'épaisseur du matériau du trou implique l'existence d'un effet de flou inhérent au procédé et irréductible. L'image obtenue avec un sténopé subit un léger effet d'"enveloppé" : les dimensions de cet effet ne dépend que des propriétés du trou et de la distance focale; un petit capteur donnera donc une image plus floue qu'un grand capteur.

J'ai commencé par m'intéresser à l'adaptation d'un sténopé sur un reflex numérique. De nombreux problèmes sont rapidement apparus : L'effet d'enveloppé est très important; la grande profondeur de champ implique qu'on voit très bien les poussières déposées sur le capteur; enfin, la distance focale est au minimum d'une 40aine de millimètres (distance entre le capteur et la bayonette).

Je suis donc revenu au bon vieil argentique et je me suis lancé dans la fabrication d'un sténopé, sur la base d'un boitier Kodak Hawkeye des années 1920-1930:

  • Dimensions de l'image sur film : 6x9cm
  • Distance focale : 30mm (équivalent 35mm : 12mm)
  • Diamètre du trou : 0.21mm
  • Ouverture : F/150

Les photos présentées ci-contre sont celles de la fabrication du boitier. Pour la réalisation du sténopé proprement dit (la surface perforée), j'ai fait appel à Thierry Gonidec (>Sténocaméra) qui fait les choses de façon très professionnelle.


Boitier Kodak Hawkeye
Pentax K10D, 50mm, 400 ISO, 1/10s à F/1.4

Fabrication d'un sténopé
Pentax K10D, 21mm, 800 ISO, 1/15s à F/4

Sténopé monté
Pentax K10D, 36mm, 800 ISO, 1/8s à F/4

Après un certain nombre d'essais et de tatonnements, j'arrive enfin à tirer de cet attirail des photos intéressantes...


Les Millois, deux arbres au bord d'une route
Sténopé 30mm, Fuji Provia 100 ISO, ~5s à F/150

Il me reste le problème du cadrage : mon magnifique appareil ne dispose pas de viseur !

Illustrations: Fabrication d'un sténopé, Sténopés, Série n°7